"Regarde ce petit escalier, il vient de nulle part, ne mène nulle part..." me dit Yannick, à propos d'une petite sculpture qu'il ne finira peut-être pas. "Je ne sais pas trop où je vais en ce moment". Comme je le comprends.
Il est difficile de traduire la gentillesse et la sensibilité de quelqu'un en photographie. Ne serait-ce que parce qu'elle reste plane et limitée par ses bords. Manquent les mots des livres, les "mots pour le dire".
Au petit jour la lumière semble prometteuse, mais le temps se gâte assez rapidement. Les couleurs brusquement font place aux gris. Après les manœuvres nécessaires, les membres de l'équipage s'isolent, le roof est désert. C'est l'heure de la sieste, des échecs ou de la lecture. Entre la passerelle et sa cabine deux choses fascinent Paul, les jumelles et son hublot. Il se fait bien au bateau, je vois qu'il grandit et m'échappe un peu plus.
24 octobre 2010, tombée de la nuit. Depuis le matin, partis de St Malo nous naviguons vers l'Aber Wrac'h. A cette heure, les signaux visuels et messages radio commencent à prendre une autre dimension. Avec le dernier changement de cap l'empannage involontaire nous guette... Et malgré les retenues il nous faut rester vigilants.
Casablanca. J'y suis un étranger. Je devine que dans toute cette excitation économique, il me sera difficile de photographier ce qui m'intéresse, une rencontre. Trop peu de temps pour cela. Les murs sont hauts et les portes closes. Je décide de visiter en périphérie de la ville deux ateliers de mécanique. J'y apprends que certains y mangent des hérissons. Puis, avec Hafed un ouvrier, nous partons en quête d'un engrenage qu'il trouvera peut-être dans une casse. Beaucoup de temps est perdu car les personnes sont parfois injoignables ou les pièces inadaptées. Toujours de fil en aiguille je rencontre le paysan voisin de l'un des ateliers, qui m'offre des légumes en remerciement de son portrait et me montre le serpent qu'il a tué. Il veut m'offrir autre chose mais trop tard, je suis déjà parti. Simple touriste...